21e Journées de la culture : laboratoire de création Troc-paroles

vendredi 29 septembre, samedi 20 septembre, dimanche 1er octobre

        photo Nihal Khan

Appel à contribution virtuelle de prose ou de poésie brève inédite sur le thème « 21 ».

Pour les 21e Journées de la culture, la revue d’arts littéraires ENTREVOUS lance une activité de création virtuelle de prose et de poésie brève, avec rétroaction en direct sur le thème : « 21 ».

PROCÉDURE ET CONTRIBUTIONPROCÉDURE
Les textes doivent être déposés sur la page Facebook de la Société littéraire de Laval du 29 septembre au 1er octobre 2017 ou expédiés par courriel en tout temps : sll@entrevous.ca.
Un accompagnement virtuel professionnel sera offert aux auteurs, en direct de 10 h à 20 h. Une sélection des meilleurs textes et des échanges avec leur auteur paraitra dans un supplément virtuel de la revue, et certains dans la revue. Une ligne téléphonique permet aux participants de dialoguer verbalement avec l’accompagnatrice : 514 336-2938. C’est parti !
* Le chiffre 21 est à la fois hautement symbolique et courant : 21 attributs de la sagesse, 21 apparitions de Jésus, 21 feuillets du livre alchimique, 21 enfers de l’hindouisme, 21 acides aminés, 21 cordes de la harpe, 21 lettres de l’alphabet italien, les noces de montre, l’âge de la majorité chez beaucoup de peuples, la somme des chiffres d’un dé, le carré magique, le solstice d’été, les routes 21, le chandail numéro 21 de Guy Carbonneau des Canadiens de Montréal, la caserne de pompiers 21 à Montréal, etc. 


CONTRIBUTIONS – THÈME 21


CONTRIBUTION numéro 8 – par …..


CONTRIBUTION numéro 7 – par Françoise Belu

Françoise Belu a d’abord fait ces deux photos de la porte voisine d’un marché de quartier. Qui vit là, au numéro 21? Elle le révèle dans une de ses rares nouvelles (elle écrit surtout de la poésie).

     

21, rue Ontario – nouvelle de Françoise Belu

Hier soir, à peine venais-je de rentrer que des coups de sonnette énergiques me firent sursauter. Je constatai avec surprise que deux policiers se tenaient devant ma porte vitrée. Que pouvait-il bien se passer? Je n’avais rien remarqué d’anormal dans le quartier. En même temps que je m’interrogeais sur la raison de cette visite inattendue, je faisais entrer les représentants des forces de l’ordre. Ils voulaient juste me poser quelques questions. Nous nous installâmes dans la salle de séjour et le plus jeune ouvrit son ordinateur pour prendre des notes. Est-ce que je connaissais Hamad K.? Oui, mais je n’avais pas de nouvelles de lui depuis presque 6 mois. Ils avaient trouvé mon nom dans ses contacts et voulaient que je leur donne certaines informations à son sujet.

– Pourquoi est-ce que vous me demandez ça? Qu’est-ce qu’il a fait?
– Ma petite dame, c’est nous qui posons les questions.
– Il m’avait dit qu’il faisait un certificat de mathématique à Concordia.
– Vous savez où il habitait.
– Oui, il partageait un appartement avec un copain 21 rue Ontario.
– Ça, on le sait déjà, mais après.
– Après? J’aimerais bien le savoir moi aussi. Un jour, Hamad a cessé de communiquer avec moi. Je suis allée sonner chez lui. Pas de réponse. La dame qui occupait le logement en dessous est montée en entendant mes coups de sonnette répétés. Ils étaient partis tous les deux en même temps et leur déménagement avait été expédié en une matinée. C’étaient des bons voisins, pas bruyants, pas comme ceux qui les avaient remplacés. Je l’ai remerciée et en sortant, je suis allée parler au patron du Marché Madina. C’est là qu’Hamad achetait des spécialités d’Afrique du Nord qu’il m’apportait, lorsqu’il venait me voir.
– On y est allé nous aussi. Il ne sait rien. Hamad était un client occasionnel. Vous connaissiez Hamad depuis longtemps?
– C’était mon amoureux depuis un an. En général, on se retrouvait chez moi, mais il était toujours pressé de partir. Il me disait qu’il avait un tas de livres à lire pour ses études. Vous savez, les scientifiques ne parlent pas beaucoup. Il ne m’a même jamais dit qu’il m’aimait.
– Il devait vous aimer pourtant. Votre photo est la seule qu’on ait trouvée dans son cellulaire, quand il a été abattu par l’armée gouvernementale à Mossoul.
– Il aurait eu 21 ans aujourd’hui, ajouta le jeune policier, en regardant l’écran de son ordinateur.

Toute ressemblance ou similitude avec des personnages et des faits existants ou ayant existé ne saurait être que coïncidence fortuite.


CONTRIBUTION numéro 6 – par Leslie Piché

Leslie a trouvé son inspiration dans sa cuisine, en observant la repousse de trognons d’oignon vert et de carotte. Elle a fait la photo jointe et elle a écrit ce bref texte qui en dit long.

Légende de la photo par Leslie Piché : «Deux vies pour un seul organisme. La vie, la vie. Plus forte que tout!»


CONTRIBUTION numéro 5 – par Suzanne St-Hilaire

Rêvant au jour de ses 21 ans, la poète se faisait son cinéma. À 21 ans, elle se créait un tout autre cinéma. À plus de 21 ans, elle jette un regard tendre sur ses rêves, sa réalité et les prochains épisodes de son « road movie » personnel.

Médiatrices pour ce texte : Danielle Shelton et Miruna Tarcau

CINÉMA CINÉMA – poème de Suzanne St-Hilaire

Cinéma cinéma

À 21 ans
L’image sera parfaite
J’aurai les cheveux gonflés
Des faux-cils
Une robe pailletée
Des souliers de madame
Le tuyau de balayeuse en guise de micro
Je chanterai « C’est la faute au bossa nova »
Je serai une Margot Lefebvre
J’aurai un rappel
Mon Rimmel coulera
On me demandera des autographes
Je ferai la première page
D’Écho Vedettes
Michèle Richard en pâlira de jalousie
Je serai dans le vent

Cinéma cinéma

À 21 ans
Je mâchais de la gomme
J’avais les cheveux longs
Des jeans étroits
Une silhouette de rêve
Un vrai chum
Et une vie de bohème
Je lisais des poèmes
À tout vent

Cinéma cinéma

Je n’ai plus 21 ans
Prochain épisode sur un écran près de chez vous


CONTRIBUTION numéro 4 – par Claude Drouin

Pour répondre au thème, Claude Drouin s’est imposé une contrainte littéraire mathématique :
sept strophes de trois vers, soit vingt et un vers, et vingt et un mots par strophe.

POÈME AVEC CONTRAINTE LITTÉRAIRE – poème de Claude Drouin

plus je l’écoute
plus je veux faire route avec elle
je l’aime à rebours     comme on aime la Beauté

l’amour n’est pas de mots
mais de silence qui agit
lorsqu’elle me dira emmène-moi     je l’emmènerai

on m’a volé un symbole
la première maille concrète de nos liens
or il existe tant dans l’apparente absence

je suis devant la Rivière dichotomique
une moitié de glace et l’autre de course
la première blanche     la seconde bleue

puis me voici devant sa porte
si elle m’ouvre   je serai heureux
pour le moment     j’apprends à le devenir

si elle est prête à me laisser la corde
que je souhaite
je me débrouillerai pour ne pas me pendre avec

mon chemin n’a aucune parenté avec la seule existence
et la bête attente de rien
au bout du dernier battement


CONTRIBUTION numéro 3 – par Miruna Tarcau

Mes 16 ans étaient plus marquants que mes 21 ans. En me demandant pourquoi, j’en suis venue à la conclusion que certains rites de passage s’effectuent dans le silence.

Médiatrice pour ce texte : Danielle Shelton

RITES DE PASSAGE INVISIBLES – récit de Miruna Tacau

Je me souviens de mon seizième anniversaire. Je me trouvais en Grèce avec mes parents et ma sœur. Je jubilais de me savoir enfin grande, si bien que je gambadais dans les rues avec une euphorie dont j’ai rarement, depuis, fait aussi publiquement étalage. J’avais inventé une chanson qui ne comportait pour toute parole que la déclaration de mon âge, mais je la chantais partout « sans souci du qu’en-dira-t-on », comme aurait dit Brassens. J’avais vieilli d’un an : je voulais que le monde entier le sût et s’en réjouît pour moi. Aussi adoptai-je un comportement terriblement puéril.

Je portais une paire d’espadrilles Puma que mes parents, à ma demande, m’avaient achetée deux semaines auparavant en me disant qu’il s’agissait de mon cadeau d’anniversaire. Je me mis cependant à regretter ce choix lorsque ma sœur, entrée dans une boutique pour essayer une robe qui lui allait très bien, se mit en tête de compléter sa tenue d’une paire de sandales que je trouvais beaucoup plus jolies que mes espadrilles. Je réclamai donc à la vendeuse des sandales identiques, ce que mes parents considérèrent comme un caprice. Tandis que mes parents se dirigeaient vers la caisse pour offrir robe et sandales à ma sœur, je m’assis à terre et jetai mes espadrilles au beau milieu du magasin en guise de protestation.

La honte que j’éprouvai alors même que je commettais ce geste me fit réaliser l’absurdité de mon comportement. Par la même occasion, je commençai à percevoir tout le chemin qu’il me fallait encore parcourir pour devenir une adulte.

En revanche, je n’ai conservé aucun souvenir de mon vingt et unième anniversaire. Pour parvenir à le situer dans le temps, il m’a fallu effectuer quelques fouilles dans mes archives personnelles à la manière d’un biographe à qui il serait impossible d’écrire le récit de cette journée-là en puisant dans ses souvenirs personnels. Le journal de mes activités sur Facebook m’a ainsi appris que je me trouvais encore à Paris au printemps 2011.

Je suppose que je venais tout juste de terminer mes cours à la Sorbonne. Je devais être occupée à préparer des vacances en Turquie, avant de rentrer au Québec

À mon retour d’Istanbul, où j’avais été quelque peu instruite dans l’art de la négociation, je débattis longtemps avec les employés de Air Transat pour les convaincre de diminuer les couts supplémentaires dont je devais m’acquitter sur mon vol de Paris à Montréal. Je transportais en effet près de quatre-vingt kilos en livres, vêtements, épices, théières et autres marchandises diverses, après avoir conclu trop de bonnes affaires. Je m’estimai donc fortunée de parvenir à réduire cette pénalité à un cout s’élevant, à peu de choses près, à celui de la paire de sandales que j’avais tellement désirée en Grèce cinq ans auparavant. L’expérience acquise depuis lors me la fit considérer comme une somme bien modeste.

Étais-je devenue plus sage? Je me rends compte à présent que les années avaient accru mon appétit de consommatrice, davantage qu’elles ne m’avaient appris à me détacher des biens matériels.

L’année de mes vingt et un ans, je ne crois pas m’être aperçue que le mois de juin m’avait dépourvu de mon statut de mineure où que je me trouvasse dans le monde. Tous les pays que je visiterais désormais me tiendraient légalement responsable de mes actes. Sur les formulaires que je remplirais à l’avenir, l’on me demanderait d’indiquer de plus en plus souvent mon statut marital. Avec le temps, je devrais également commencer à remplir mes déclarations d’impôts. Cette évolution se ferait sans bruit, sans commémoration.

Je me dis parfois qu’il serait agréable d’être gagnés d’euphorie chaque fois qu’une transition de ce type ponctue nos vies. En revenant de ma première visite chez le comptable, je m’étais mise à parcourir les rues de Montréal en annonçant à tout le monde que j’avais signé mo premier T4. Certains rites de passage s’effectuent cependant dans le silence. Seul le temps me dira si mes vingt et un ans n’étaient que le prélude à la crise de la quarantaine, à la ménopause et à tous ces évènements qui nous métamorphosent sans que l’on ne conserve un souvenir précis de ces rites invisibles.


CONTRIBUTION numéro 2 – par France Bonneau

21 MOTS POUR TE DIRE – poème de France Bonneau

Tes yeux de désespoir
Brisent les vingt et une cordes de ma harpe
Sous quel équinoxe pourrai-je voir l’hirondelle?


CONTRIBUTION numéro 1 – par Hélène Perras

Un 21 aout, à 21 ans, Hélène Perras se mariait. Aujourd’hui, elle a quatre fois 21 ans et elle habite au 21e étage d’un immeuble pour personnes âgées. Hasard ou destinée ?

SOUVENIR DE MON MARIAGE – récit d’Hélène Perras

Pour la forme, mon fiancé avait demandé le consentement de mon père. Mais, je ne me souviens pas de la réponse car je m’en fichais éperdument. À l’époque, la majorité des enfants avait été fixée à 21 ans; n’étant plus mineure, je pouvais décider de ma vie. Et, foin du paternel !

Subitement, arriva le 21 août. Il était là, devant moi, le jour si attendu. Il m’étreignait le cœur dans un vertige. Il n’était pas encore 9 heures, le paternel m’attendait à la porte de la sacristie de notre paroisse. Je descendis de voiture pour aller à sa rencontre et fus étonnée de voir comme il était bien mis. Je tremblais dans ma robe de chiffon rose. Sans doute à cause d’un frisson dans l’air du mois d’août ou peut-être par anticipation de l’inconnu. Nous nous sommes dit bonjour puis le père de mon futur mari nous a rejoints. En se vouvoyant, les deux hommes se sont salués en se serrant la main.

Mon beau-père, mis sur son 36, petit gros volubile, le visage luisant comme des œufs dans la poêle, faisait des phrases élogieuses au sujet de son fils. Mon père peu enclin aux compliments flatteurs, d’où qu’ils puissent venir, se montrait incapable de faire à son tour l’éloge de sa fille. Surtout pas devant elle. Sa réplique déroutante fut quelque chose d’ahurissant accompagné d’un grand geste vers le toit de l’église. Sa main aux doigts jaunis par la cigarette montrait la cheminée ; comme maçon il en avait jadis posé les briques.<Dans le temps qu’on faisait des belles jobs!> dit-il. Cela mit court à la conversation. Devant les deux pères, je me tenais coite occupée par les rubans de mon bouquet où 21 petites roses sweetheart chuchotaient entre elles.

Mon beau-père s’en alla rejoindre son épouse et les invités dans l’église où mon futur mari devait attendre sur son prie-Dieu. Les cloches se mirent à carillonner. Elles m’emplissaient les oreilles, tonnaient dans ma tête. Je tremblais de plus en plus. Mon père ne tenait plus en place, il me pressait le bras m’invitant à contourner l’église pour y entrer.

Sur le parvis, il s’est subitement mis à grogner, très fâché de me voir attendre les accords de l’orgue pour faire les premiers pas dans la nef. Il bougonnait en me serrant le bras de plus en plus fort <Ben entre voyons, qu’est-ce que t’as à t’arrêter ? >. Sa main puissante me tirait en avant <Ben entre, torrieu!>. Puis il se mit à parler à voix haute: <Baptême, viens-tu icitte pour te marier ou pas!> De peur que les invités tournés vers l’arrière de la nef ne l’entendent, j’ai amorcé, tendue, une marche nuptiale sans musique. Mon paternel me trainait par le bras en grommelant : tyran domestique, il n’allait pas changer à l’occasion de ce 21 août.

Comme j’arrivais à mon prie-Dieu, les accords de la marche nuptiale enfin éclataient, les accords plaqués sur l’orgue devenaient des complices. Tourné vers moi, mon futur mari me souriait. En m’agenouillant sur mon prie-Dieu près du sien, je cessais d’avoir peur.