Erreur sur la destination

28 mai 2017
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    Une réponse de Jean-Luc Proulx à lire dans Entrevous 05 (octobre 2017).
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«Je reviens de Rome davantage assommée par les histoires de cruauté et de vénalité qu’éblouie par la grandeur d’une civilisation conquérante et la richesse artistique d’un pouvoir religieux. J’ai aimé en revanche marcher parmi les populations des collines de l’Ombrie, fières de restaurer leurs villages et de réinventer une agriculture écologique, moderne.» C’est ainsi que j’ai commencé mon liminaire du numéro 04 de la revue d’arts littéraires ENTREVOUS. La suite a bifurqué sur autre chose que ce voyage pendant que bien des questions sur moi-même demeuraient en plan. Qui avait-il à apprendre encore ?

Le nom secret de Roma : Amor (note 1). Légende (note 2) ou simple anacyclique (note 3)? Le genre de commentaire pour touristes qui s’imprime dans ma tête curieuse… peut-être parce que depuis l’enfance, mon prénom secret en est le palindrome.

J’ai acheté deux cartes postales, pour moi : la sculpture en bronze d’un jeune garçon qui se retire une épine du pied (note 4) et un tableau de la Vierge assommant le diable à coups de massue (note 5). Si vous en avez le loisir, devinez en quoi ces images me parlent. Vous pouvez me l’écrire, cela m’intéresse sincèrement : ds@danielleshelton.com.

J’ai traversé à Pescara, lentement, la bibliothèque-musée de l’écrivain Gabriele d’Annunzio [1863-1938], sans savoir encore qu’en 1976, Visconti avait adapté au cinéma son roman le plus célèbre, L’innocent. Moi qui croyais ne rien connaitre de cet homme de lettres, voilà qu’un mois plus tard, je fais le lien avec un film connu qui entre dans la thématique de mon ciné-club-maison (note 6). Diagnostic : système de transmission neuronale en assez bon état pour mon âge.

J’ai aussi glané quelques souvenirs littéraires, notamment à la porte du Museo Nationale Palazzo Massima Romano, ces mots du philosophe Sénèque : «Il linguaggio della verità è semplice.» Le langage de la vérité est simple. Je me suis dit qu’en effet, se mentir à soi-même est ardu. Mentir aux autres? Je m’en crois incapable, consciemment, mais je n’échappe pas totalement à l’autofiction, comme tout le monde.

Je ne pense pas m’offrir d’autres vacances du genre. Je n’en ai plus besoin, ni pour renforcer un amour ni pour me reposer du travail. Chez moi, j’ai une télévision, un ordinateur et des portes grandes ouvertes…


1 Sculpture de l’artiste étatsunien Robert Indiana, National Sculpture Garden à Washington DC. Indiana en a réalisé plusieurs variantes, aussi avec les mots Love et Hope. 
2 «On avait grand soin de cacher ce nom, dit Pline (Hist. nat., XXVIII, 4), parce qu’il était en même temps celui de la divinité tutélaire de la ville. Tant qu’il restait inconnu, les prêtres ennemis ne pouvaient décider ce dieu à abandonner son peuple, en lui promettant dans leur ville de plus grands honneurs, ampliorem cultum, ce qui, d’après les idées des anciens, était la raison déterminante de la faveur des dieux.»
3 Un anacyclique est un mot conservant un sens quand on le lit de droite à gauche (exemple : Roma, Amor). Lorsque le sens est le même, c’est un palindrome (exemple : Laval). Si on mélange les lettres pour former un autre mot, c’est une anagramme (l’écrivaine Marguerite de Crayencour est ainsi devenu Marguerite Yourcenar).
4 Musée du Capitole, Palais des Conservateurs, Salle des Triomphes – Spinario (Tireur d’épine).
5 À Montefalco – Tiberio d’Assisi [1586-1524]. Madonna del Soccordo.
6 Synopsis : «Tullio Hermil (Giancarlo Giannini) est un homme froid, égoïste et psychotique. Marié, il vit une relation sulfureuse et tumultueuse avec sa maîtresse, Teresa (Jennifer O’Neill). Son épouse, Giuliana (Laura Antonelli), est au courant, et supporte en silence ces affronts perpétuels, jusqu’au jour où elle rencontre un écrivain à succès, Filippo d’Arborio (Marc Porel). À la suite d’une nuit avec lui, elle se retrouve enceinte.» – rappel de la thématique de mon ciné-club-maison : relire mon blogue du 4 juin 2016.