Laboratoire de création Troc-paroles : La Nuée

dimanche 1er octobre 2017 , 14 h à 17 h, salle Alfred-Pellan, Maison des arts de Laval, 1395, boul. de la Concorde Ouest (métro Montmorency)

14 h – visite de l’exposition La nuée, en compagnie de l’artiste Laurent Lamarche
15 h – laboratoire de création littéraire (prose ou poésie)  inspirée par l’œuvre robotisée de l’artiste / animation Leslie Piché

      inscription : sll@entrevous.ca   /  514 336-2938

Liste des participants

– Chevrier, Lise,  Couillard, Francine, Diraka, Vincent et St-Hilaire, Suzanne (contributions ci-dessous)
– Shelton, Danielle (contribution paru dans ENTREVOUS 06)
– Tarcau, Miruna (contribution à paraitre dans ENTREVOUS 07)


Promenade dans La Nuée, installation de l’artiste lavallois Laurent Lamarche
Contributions des participants, dont l’animatrice-poète Leslie Piché s’est inspirée pour créer le centon paru dans ENTREVOUS 06.


Lise Chevrier

Je n’ai pu m’empêcher de penser aux films Terminator et Blade Runner en voyant les petites créatures mécanisées suspendues dans la salle de l’exposition La nuée, de Laurent Lamarche : salle sombre, lumière rouge des yeux des robots, bruit métallique des de leurs mouvements, projections sur les murs sombres de la salle d’exposition de la faible lumière qui circule entre les robots. Bref, une atmosphère un peu surréelle où des machines font figure d’êtres vivants dans une démarche artistique de genèse de la création d’une nouvelle espèce mécanisée, un croisement entre la crevette et l’oiseau.

L’artiste semble avoir mis en scène son propre rêve, à l’instar de celui de nombreux écrivains, d’être un créateur omnipotent et ce, dans ce cas-ci, par le pouvoir décuplé de la techno et du génie électronique (imprimantes 3D, puces et circuits électroniques, etc. ). On dirait Dieu ou un apprenti sorcier de la théorie de l’évolution qui tente d’animer de la matière plastique inanimée, en lui donnant le plus possible l’apparence du vivant, en insufflant un peu d’intelligence artificielle et en y créant des mouvements d’énergie.

Dans cette exposition, ce qui tient lieu de vivant est complètement fabriqué, avec une prédominance du plastique imprimé en 3D. Cela parait très artificiel pour une matière qui menace l’environnement de la planète. Toutefois, le plastique provient des énergies fossiles qui sont le reliquat de la vie d’innombrables créatures, disparues dans des temps immémoriaux, dans les différentes phases d’évolution de la terre. Cette exploration artistique puise à même ce qui a été vivant et elle nous donne des pièces qui illustrent la finesse du vivant, mais figée : matrices, délicates dentelles, stades d’évolution de la créature, etc.

La nuée des créatures mécanisées semble tout à fait inoffensive, puisque chaque robot reste stable au bout de son fil de suspension. Celui-ci agite seulement quelques pièces, selon l’énergie qu’il reçoit des autres robots. Pour devenir une vraie nuée, il faudrait que les créatures se déplacent d’elles-mêmes dans toutes les directions, car la vie est mouvement et non seulement, circulation d’énergie. La nuée pourrait recomposer sans cesse sa configuration, comme un art du mouvement dans l’espace-temps. Le jour où ces petites créatures seront plus perfectionnées et voleront en nuée, je me demanderai si elles sont amicales ou si elles peuvent se rebeller contre l’humanité, surtout si elles peuvent prendre des décisions sur notre bien ou notre mal, comme dans Terminator et Blade Runner.

Les petits robots meurent en quelque sorte lorsque leurs pièces sont défectueuses. On parle beaucoup de leur naissance dans l’exposition, mais peu de leur mort qui semble technique. On peut se demander comment on peut en disposer : dépotoir, recyclage, etc. Juste pour s’amuser, assisterons-nous à des funérailles de machines qui ont eu l’air vivantes ? Comment le vivant disposera de toute cette matière ?

Assisterons-nous à une théorie de l’évolution qui s’appliquera aux machines ?

La quête de nouvelles expressions artistiques devra-t-elle passer par l’intelligence artificielle? Quand on voit l’irruption du génie électronique dans les arts, il y a lieu de se demander ce qui arrivera en littérature. J’ai la vision de l’émergence d’œuvre littéraires virtuelles, immatérielles, dont les formes seront éclatées, déstructurées à travers des logiciels de création aux multiples options, dont la lecture sera dynamique, non linéaire, selon l’exploration du lecteur lui-même qui pourra créer sa propre compréhension de l’œuvre et y retourner encore et encore, autant au texte qu’aux animations visuelles, auditives et 3D de toutes sortes. Ces œuvres pourront épouser les mouvements de la vie. Mais pourrais-je seulement l’étreindre ?

Autre réflexion : la nuée est une installation d’art éphémère. Comment faire pour qu’elle reste dans la mémoire artistique de la collectivité ? Sommes-nous dans l’art de l’instantanéité et à la limite du jetable, une œuvre remplacée par une autre rapidement, comme des bulles de savon ? Comment certaines peuvent devenir des phares culturels qui traversent le temps ?


Francine Couillard

Installée dans la noirceur,
la Nuée se déhanche au-dessus de moi,
grand vol d’oiseaux ,
aux bouches ouvertes,
aux griffes acérées,
tout droit sortis,
du cerveau machiavélique
d’un sculpteur avant-gardiste

L’artiste vante
l’énergie et l’entraide
distillée par son groupe
de créatures dantesques,
qui s’agitent sans but ,
mus par la lumière.

Moi, je vois,
des pantins désarticulés,
descendants directs des derniers dinosaures,
prêts à se battre et s’entredévorer,
dans des hoquets de lumière rouge et blanche.
Et j’ai peur, comme un enfant.


Vincent Diraka

1
La genèse d’une nouvelle espèce virtuelle à l’encontre des clichés des moules des idées reçues et des règles conventionnelles.
2
Les spécimens agglutinés les uns autour des autres avec cette interaction de la lumière entre eux.
À l’exemple pertinent de notre société de consommation où le voisin s’inspire du voisin.
Aller au-delà des habitudes de créations traditionnelles pour créer grâce au génie des spécimens virtuels à comportement social.
La fête de la race humaine magnifiquement célébrée par la communication de la lumière.


Suzanne St-Hilaire

Comme les enfants
je me précipite dans l’espace
j’agite ma lampe de poche
éblouie des effets créés
leur bruit, leur agitation
leur ombre chinoise
ces créatures me captivent
avec leur panache érigé
elles ressemblent
à des chevaux marins
leurs jambes galopent
et l’aluminium accentue
Leur mouvement

Soudain
l’éblouissement se fige
allons-nous devenir des robots
à l’intelligence artificielle
essaim relié par des capteurs
infini plié
uniformité
Quitterai-je cette existence
avant que ces spécimens
deviennent nos compagnons
au quotidien
couchée sous la Nuée
Lucy est si loin derrière
je pleure mon humanité
mes espoirs chiffonnés
Mes mots blessés

Et si un tireur fou
s’emparait de cette
installation
Le cheval marin
Redeviendrait
le cheval de Troie
rebondissement ou fatalité
l’Odyssée n’est plus si loin derrière