«Conan le barbare aime la poésie» et autres traques insolites de la poésie et de la littérature au cinéma

dernière mise à jour : 14 mars  2018 – début de la recherche : 29 juillet 2017

J’adore le cinéma en chercheuse : je traque littéralement – et sans aucun a priori – la littérature dans les films. C’est donc une invitation à participer à ma traque de la littérature au cinéma : s’en tenir, s.v.p., aux situations inusitées. J’attends vos trouvailles

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.1 – Conan le barbare

La littérature est partout ! Vous n’imaginez pas à quel point ! Hier soir (28 juillet 2017), seule, le bleu à l’âme à l’horizon, quoi faire sinon la télé, ma belle grande télé (72 pouces, celle de mon ciné-club maison)…  Je zappe et m’arrête sur Conan le barbare avec Arnold Schwarzenegger. Vous avez bien lu. Je laisse l’orphelin grandir, se muscler (il faut le faire en étant esclave !), se former aux arts de la guerre (j’ai une pulsion vers la zapette pour changer de chaine) et là, surprise ! La formation de Conan le barbare auprès des plus grands maitres asiatiques de son époque légendaire comprend l’apprentissage de la lecture et de l’écriture et la philosophie à travers les textes poétiques. La formation morale présentée ici comme aussi importante que la formation physique. Je parie que vous avez vu le film (peut-être en cachette) ou lu la BD (c’est plus acceptable) et que vous avez oublié ce passage.


2 – Doit aimer les chiens

Vous avez vu la comédie sentimentale Doit aimer les chiens (Must Love Dogs)? Des dialogues intelligents, sensibles. Et, dans la scène d’une fête d’anniversaire, un père (Christopher Plummer) qui lit un poème : Brown Penny de William Butler Yeats (1865-1939, Prix Nobel de littérature 1923). Une scène vue plus de 15000 fois sur You Tube :  Yeats – Brown Penny (recited by Christopher Plummer)
Voici le poème, la version originale en anglais (le poète est Irlandais). Dans la traduction française du film, on l’entend en français. Si quelqu’un veut bien voir le film, prendre en note cette traduction et me l’expédier, je l’ajouterai ci-après (merci).

I WHISPERED, ‘I am too young,’
And then, ‘I am old enough’;
Wherefore I threw a penny
To find out if I might love.
‘Go and love, go and love, young man,
If the lady be young and fair.’
Ah, penny, brown penny, brown penny,
I am looped in the loops of her hair.
O love is the crooked thing,
There is nobody wise enough
To find out all that is in it,
For he would be thinking of love
Till the stars had run away
And the shadows eaten the moon.
Ah, penny, brown penny, brown penny,
One cannot begin it too soon.


3 – Oblivion (L’oubli)

Luce Pelletier enrichit le blogue : «Il y a le point culminant du film Oblivion: ça disait « poetry will bring you back your humanity« … ou à peu près… dit juste à point … tout dans le film amenait à cette réplique… J’étais en avion quand j’ai vu ce film… parfait!»
Je l’ai regardé, ce film, en français. Un clone de Jack Harper (Tom Cruise), programmé pour éliminer les humains, retrouve son humanité au contact de la poésie. Dans les décombres de la bibliothèque de New York, il ramasse une ancienne édition d’un recueil de poèmes, il étudie les textes, un en particulier, répété trois fois dans le film dans une traduction si approximative que le sens me semble changé: «Un homme peut-il mieux mourir face à des aléas menaçants que pour les cendres de ses ancêtres et les temples de ses dieux?» J’ai cherché une meilleure traduction et trouvé celle-ci: «Tôt ou tard la mort arrive à tout homme sur la Terre, et comment mourir mieux qu’en affrontant un danger terrible pour les cendres de ses pères et l’autel de ses dieux?» Donc, Jack va sauver l’humanité en détruisant un tétraèdre qui renferme une entité dominatrice. Il lui dit : «Je ne sais pas ce que vous êtes ni vous vous venez, mais j’ai envie de vous parler d’une de mes lectures*. Une histoire qui se passe à Rome. Une ville que vous avez détruite. C’est un classique. Il y avait un gars, Horatius Coclès, qui a tenu un pont tout seul contre toute une armée**…»

*Il s’agit du livre Lays of Ancient Rome de Thomas Babington Macaulay (1800-1859), un poète, historien et politicien britannique.
** En 507 avant notre ère, ce héros mythique de la Rome antique a combattu l’armée étrusque sur le pont de bois Sublicius enjambant le Tibre.


4 – Où sont passés les Morgan?

Je poursuis ma traque de la littérature au cinéma. J’ai fait une nouvelle trouvaille improbable dans une autre comédie sentimentale: Où sont passés les Morgan? Témoins d’un crime, un couple new-yorkais en crise est contraint de vivre jusqu’au procès dans une campagne du Wyoming. Émus de la beauté du ciel étoilé, chacun se remémore ses voeux de mariage. Ceux de la femme emprunte à la littérature. Extrait du scénario :

ELLE – ll faut que tu voies ça. Est-ce que c’est réel ? J’ai jamais rien vu de tel, en dehors du planétarium. «Je ne veux à l’union de deux âmes sincères / Admettre empêchement. / L’amour n’est point l’amour / S‘il change en trouvant ailleurs le changement, / Ou s’éloigne en trouvant en l’autre l’éloignement. / Oh non! il est un phare au regard immuable / Fixé sur la tempête et jamais ébranlé.» Shakespeare, à notre mariage.
LUI – Parce qu‘il était là? Je crois qu‘il ne nous a rien offert.
ELLE – C’était mes voeux.
LUI – Je sais. D’ailleurs, à l’époque, j’ai cru que tu les avais écrits.»


5 – Peau d’ane

Dans ce film français  de Jacques Demy, le roi (Jean Marais) lit à sa fille (Catherine Deneuve) de la «poésie du futur», dans de beaux livres offerts par la Fée des lilas (Delphine Seyrig). Éblouis, mes petits enfants ont emporté le CD chez eux; lorsqu’il sera de retour, je noterai les vers lus et je chercherai les noms des poètes. À suivre, donc…
Mais quelques jours plus tard, il y a eu un heureux hasard. J’ai emmené ma petite Alice de 4 ans à la Bibliothèque Multiculturelle et là, bien en vue sur le dessus d’un rayonnage, il y avait le livre du film. Nous l’avons emprunté et dedans, on a trouvé les deux poèmes du futur (dont j’avais deviné à l’avance qu’il devait être de Cocteau et Apollinaire). Voici donc l’extrait de ce beau livre rempli des images du film.

« Le Roi bleu, le père de Peau d’âne, désire épouser sa fille.
Constatant qu’elle apprécie l’art de la chanson, il décide pour la séduire de lui lire un poème des temps futurs :
Ecoutant ta guitare fée
Tes objets te suivent Orphée
Jusqu’à la forme que tu veux
Clio du zinc
Calliope téléphone les faits divers
Et Uranie allume les becs de gaze
Qui fardent les marroniers par dessous
… 
Ode à Picasso, Jean Cocteau
Par la suite, il va lui déclamer un autre poème qui cette fois divulgue son intention de l’épouser :
L’anneau se met à l’annulaire
Après le baiser des aveux
Ce que nos lèvres murmurèrent
Est dans l’anneau des annulaires
Mets des roses dans tes cheveux

L’Amour, Guillaume Apollinaire


6 – Femmes de rêve (Beautiful Girls)
Marty (Nathalie Portman), une voisine de 13 ans, est amoureuse de William (Timothy Hutton), un pianiste dans la jeune trentaine. Il y a trois références littéraires dans leurs échanges :
Le Magicien d’Oz  (Wizard of Oz), le célèbre roman pour enfants écrit par Lyman Frank Baum et publié aux États-Unis en 1900; Marty dit à William «que parfois, on cherche partout ailleurs ce qui est juste devant nos yeux, comme dans Le Magicien d’Oz»
Le livre de Winnie l’ourson (The book of Pooh), texte créé en 1926 par Alan Alexander Milne,  illustrations d’Ernest Howard Shepard, première traduction française signée Jacques Papy en 1946; William dit à Marty qu’il ne veut pas « être l’ourson dont Christopher se lasse une fois devenu grand»

Roméo et Juliette de Shakespeare; William cite ces vers : «Qu’elle est cette lueur qu’on voit par la fenêtre ? Voilà l’Orient, et Juliette est le Soleil!»; dans une autre scène, William est à la fenêtre et Marty dans le jardin; elle dit : «Roméo et Juliette dyslexique».


7 – Un choix (The Choice)
Le scénario du film est basé sur un roman de Nicholas Sparks.
Le père dit à son fils : «Le monde brise les individus. Les très doux. Les très bons. Les très braves. Et ceux qu’il ne brise pas, il les tue.» Le fils demande si cela vient d’un prêcheur. Le père répond que cela vient d’un grand livre d’Hemingway.
La citation (approximative dans le film) provient du livre L’Adieu aux armes.


 L’adieu aux armes (A Farewell to Arms) a paru en 1929. Ernest Hemingway  a reçu en 1954 un prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre.

Citation complète du roman d’Hemingway :
«Le monde brise les individus et, chez beaucoup, il se forme un cal à l’endroit de la fracture; mais ceux qui ne veulent pas se laisser briser, alors, ceux-là, le monde les tue. Il tue indifféremment les très bons et les très doux et les très braves. Si vous n’êtes pas parmi ceux-là, il vous tuera aussi, mais en ce cas il y mettra le temps.»


8 – L’Odyssée de Pi ou L’Histoire de Pi (Life of Pi)
Le scénario du film est basé sur le roman fantastique L’histoire de Pi, décrit par le Québécois Yann Martel. Un succès planétaire vendu à plus de treize millions d’exemplaires et récompensé par plusieurs prix, dont 4 Oscars pour son adaptation au cinéma par Ang Lee. Avant son naufrage en compagnie d’un tigre, on voit le jeune Indien Piscine Molitor Patel (surnommé Pi) lire trois livres : L’Ile Fantastique de Jules Verne,  Les Notes d’un souterrain de Fiodor Dostoïevszky et L’étranger d’Albert Camus. Autre référence littéraire : Pi baptise son tigre Richard Parker, nom d’un personnage d’Edgar Poe. L’insolite, c’est la curiosité intellectuelle d’un jeune garçon de Pondichéry, fils d’un propriétaire de zoo qui rêvait d’immigrer au Canada avec sa famille.


9 – Mon meilleur ennemi (The Hitman’s Bodyguard)
Dans cette comédie d’action traduite au Québec (en québécois vulgaire, hélas!), un tueur à gage (Samuel L Jackson) a cette conversation avec son garde du corps (Ryan Reynolds) :
– La vie, elle t’abîme ça, le portrait! Tu mets un pansement avant que ça saigne et tu vas de l’avant.
– C’est vraiment beau, mon gars! T’as déjà écrit des poèmes? Tu pourrais peut-être bien composer un ou deux haïku.
Je doute fort de la fidélité de la traduction, car le tueur de répondre par un poème qu’il chante en anglais (avec sous-titres en français):
«La vie est une autoroute / Qui est vraiment longue / Elle est pleine de courbes et de virages / Alors y a des chances que ça tourne mal / On peut glisser et déraper / On peut fuir mais / On ne pas y échapper / Personne ne s’en sort vivant».
À un autre moment, les deux hommes tâtent de l’aphorisme. David Kincaid, le tueur, lance: «Quand la vie te pisse dessus, tu en fais de la limonade.»  Michael Bryce, son garde du corps, le reprend: «Quand la vie te pisse dessus, ce n’est pas pour t’offrir à boire.»
Le tueur est un romantique : son crâne chauve est tatoué de délicates silhouettes d’arbres et d’oiseaux. Amoureux, il risque sa vie pour déposer des tulipes au sommet d’un beffroi, de telle manière que sa femme emprisonnée à Amsterdam les voit de sa cellule et sache ainsi qu’il pense à elle, ces fleurs étant ses préférées.
Vers la fin du film, après moult poursuites et bombes incendiaires, les deux héros discutent de sémantique!


10 – Elle (Her)
Synopsis du scénario de Spike Jonze – Dans un futur proche à Los Angeles, Théodore (Joachim Phoenix) travaille comme écrivain public pour une entrepris rédigeant des lettres de toutes sortes : familiales, amoureuses. Dépressif, il installe un nouveau système d’exploitation OS1, auquel il donne une voix féminine prénommée Samantha (voix de Scarlett Johansson). Il entame avec cette intelligence artificielle conçue pour s’adapter et évoluer une relation amoureuse et passionnée.
Extrait – Théodore dit à Samantha : «Un éditeur qui publie encore des livres va publier mes lettres.»


22 mai 2018
Je viens de découvrir le site glose.com : «Les dix plus beaux poèmes cités au cinéma». J’en avais déjà repéré un: 5 – Peau d’âne. L’un des neuf autres m’apparait plus probable qu’improbable : le poème O Me! Oh life! de Walt Whitman dans Le Cercle des poètes disparus de Peter Weir, 1989.

S’ajoutent donc 8 films à ma liste :

11 – Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, 1979 : «The Hollow Men», de T. S. Eliot
https://www.youtube.com/watch?v=W-mgdUdOjhs
«Coppola adapte à l’écran un récit colonial qu’il transpose au cœur de l’horreur de la guerre du Viêt-Nam. Entre les renseignements des services secrets, la réalité des combats et l’implacabilité de la guerre, les protagonistes doivent faire fi de leurs certitudes et s’adapter à ce monde sauvage. La subtilité du film réside dans l’intérêt porté à l’opposition de deux groupes du même « camp ». Le colonel Kurtz, incarné à l’écran par Marlon Brandon, est ainsi celui qui a transformé son engagement dans ce conflit en une implication personnelle, jusqu’à détruire quiconque se trouve sur son passage. C’est lui que l’on entend lire, vers la fin du film, le célèbre poème de T. S. Eliot, dont ces « hommes creux » et cette fin du monde annoncée semblent à la fois décrire ces hommes mais aussi annoncer le dénouement de ce combat personnel de Kurtz.»

Les Hommes creux, 1925 (extrait)
I
Nous sommes les hommes creux
Les hommes empaillés
Cherchant appui ensemble
La caboche pleine de bourre. Hélas !
Nos voix desséchées, quand
Nous chuchotons ensemble
Sont sourdes, sont inanes
Comme le souffle du vent parmi le chaume sec
Comme le trottis des rats sur les tessons brisés
Dans notre cave sèche.
Silhouette sans forme, ombre décolorée,
Geste sans mouvement, force paralysée ;
Ceux qui s’en furent
Le regard droit, vers l’autre royaume de la mort
Gardent mémoire de nous – s’ils en gardent – non pas
Comme de violentes âmes perdues, mais seulement
Comme d’hommes creux
D’hommes empaillés.

[…]


12 – Souvenirs d’Afrique (Out of Africa) de Sydney Pollack, 1985 : «To an Athlete Dying Youg», d’Alfred Edward Housman
«Karen von Blixen est une baronne danoise à l’existence mouvementée et dont la vie en Afrique du Sud est portée à l’écran dans le film Out of Africa, adapté de sa propre autobiographie. On y découvre la liaison qu’elle entretient avec un aviateur britannique, Denys Finch Hatton. Pollack filme avec poésie cette passion dévorante et enrichissante pour les deux protagonistes dans cet univers africain, jusqu’à la mort tragique de Denys à bord de son propre avion. Lors de ses funérailles, Karen von Blixen fait le choix de ce poème de l’anglais Housman qui rend hommage à un athlète décédé dans la force de l’âge, en pleine ascension. Dans la force des contrastes du texte, des acclamations lors des victoires, au silence de la mort, on perçoit la violence du choc et le désespoir de Karen Blixen.»
À un athlète mort jeune (dans  Un gars du Shropshire, 1896 – extrait)
Le jour où tu as fait remporter la course à ta ville
On t’a acclamé sur la place du marché;
Tout le monde t’applaudissait,
Et on t’a ramené chez toi en te portant sur nos épaules.
[…]
C’est intelligent de ta part de savoir quitter
Les champs où la gloire ne peut rester,
Dès que le laurier commence à pousser
il se flétrit plus vite que la rose.
[…]
Maintenant, tu ne connaîtras pas la déroute
De ceux dont les honneurs se sont fanés,
Les coureurs dont la gloire s’est envolée
Et dont le nom a péri avant son possesseur.
[…]
Et autour de sa tête trop tôt couronnée de lauriers
Les morts sans force se rassembleront,
Et ils trouveront encore fraîche dans ses boucles

Une guirlande plus délicate que celle d’une jeune fille.


 13 – Quatre mariages et un enterrement de Mike Newell, 1994 : «Funeral Blues», de Wystan Hugh Auden
«C’est lors de l’enterrement d’un des protagonistes du film que ce poème est récité, événement lors duquel ses amis découvrent à la fois l’homosexualité du défunt, la liaison qu’il entretenait avec l’un de leurs amis et la force de l’amour qui les liait. Trop ému pour trouver les mots assez forts pour décrire sa souffrance, l’ancien compagnon emprunte ceux d’un des plus grands poètes anglo-saxon du XXe siècle, W.H. Auden, également essayiste et dramaturge, dont le poème s’achève sur le désespoir le plus complet.»
Funeral BluesThe Year’s Poetry, 1938
Stop all the clocks, cut off the telephone,
Prevent the dog from barking with a juicy bone,
Silence the pianos and with muffled drum
Bring out the coffin, let the mourners come.
Let aeroplanes circle moaning overhead
Scribbling on the sky the message ‘He is Dead’.
Put crepe bows round the white necks of the public doves,
Let the traffic policemen wear black cotton gloves.
He was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest,
My noon, my midnight, my talk, my song;
I thought that love would last forever: I was wrong.
The stars are not wanted now; put out every one,
Pack up the moon and dismantle the sun,
Pour away the ocean and sweep up the wood;

For nothing now can ever come to any good.


  14 – Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry, 2004 : «Éloisa to Abelard», de Alexander Pope
«Le titre du film de Michel Gondry fait directement référence à un vers du long poème de Pope qui retrace à sa manière la célèbre histoire d’Héloïse et Abélard, élève et maître, qui vécurent une passion hors du commun au XIIème siècle à l’origine de nombreuses œuvres littéraires. Le film raconte aussi une histoire d’amour indéfectible, celle entre Joël et Clémentine. Malgré la lobotomie étrange qu’ils subissent tous les deux afin de s’oublier, d’oublier leur histoire qui les ronge – les tracas du quotidien ont pris le dessus – les deux héros se rencontrent à nouveau sans savoir pourquoi, apprennent de nouveau à se connaître sans se reconnaître et tombent amoureux. C’est lors de cette renaissance d’un amour oublié que quelques vers du poème de Pope sont explicitement cités dans le film.»
Épître d’Héloïse à Abélard, «Épître d’Héloïse à Abélard», 1717
[…]
Que le sort d’une Vierge excite mon envie !
Vertueuse, elle mène une tranquille vie ;
Ses vœux sont exaucés, ses désirs satisfaits,
Chaque jour est marqué par de nouveaux bienfaits :
Son cœur pur et content jouit d’un heureux calme,
Et voit déjà des Cieux la couronne et la palme.
Quand sur ses yeux la nuit vient fermer ses pavots,
Paisible, elle se livre aux douceurs du repos ;
Des esprits bienfaisants, par d’innocents mensonges,
Font naître et voltiger les plus aimables songes ;
Elle entend quelquefois leur langage flatteur,
Et voit du Ciel ouvert le spectacle enchanteur :
De ferveur consumée… elle tombe, …elle expire :
Son âme prend l’essor vers le céleste Empire ;
Et traçant dans les airs des sillons lumineux,
Elle vole au séjour des êtres bienheureux.

[…]


14 – V pour Vendetta de James McTeigue, 2005 : «The Fifth of November», poème anonyme du folklore anglais
«V pour Vendetta est l’adaptation de la bande-dessinée du même nom autour d’un mystérieux révolutionnaire qui se présente sous les traits d’un masque à l’effigie de Guy Fawkes, fervent catholique anglais et un des principaux instigateurs de la tentative d’attentat contre le roi Jacques Ier en 1605 en vue du retour d’un monarque catholique sur le trône. “The Fifth of November” est un poème populaire du folklore anglais qui célèbre l’échec de cette « conspiration des poudres » le 5 novembre, après la découverte de Guy Fawkes en plein préparatif dans les sous-sols de la Chambre des Lords. La première strophe est chantonnée à diverses reprises par V qui prépare lui-même un attentat le 5 novembre contre un gouvernement autoritaire fasciste dans les années 2030.»

Le 5 novembre, 1870
Souvenez-vous, souvenez-vous du cinq novembre,
Poudre à canon, trahison et complot
Je ne vois aucune raison
pour que la trahison des poudres
Ne soit jamais oubliée !
Guy Fawkes, Guy Fawkes, avait l’intention
De faire sauter le Roi et le Parlement.
Soixante barils de poudre dessous
Pour renverser la bonne vieille Angleterre.
La Providence divine a voulu qu’il ait été attrapé
Avec une lanterne sourde et une allumette enflammée.
Holà garçons, holà garçons, sonnez les cloches.
Holà garçons, holà garçons, Dieu sauve le Roi !
Hip hip hip hourra!
Un sou de pain pour nourrir le pape.
Une obole de fromage pour l’étouffer.
Une pinte de bière pour le tremper.
Un fagot de brindilles pour le brûler.
Brûlez-le dans un bain de goudron.
Brûlez-le comme une étoile embrasée.

Brûlez-le de la tête aux pieds


15 – Into the Wild de Sean Penn, 2007 : «I Go Back to May 1937», Sharon Olds

 «Ce film est l’adaptation par Sean Penn de la biographie d’un jeune homme américain, Chris McCandless, rédigée par Jon Krakauer. Touche à tout et brillant dans tous les domaines, McCandless s’éloigne néanmoins progressivement de la société, rejetant en bloc le progrès, la consommation à outrance et l’artificialité des vies modernes. Le film débute sur cet abandon brutal de la civilisation au cours duquel il se coupe de tous ses proches. Le voyage qu’il entreprend dès ses 22 ans, quête physique et spirituelle vers un idéal de simplicité et de pureté, prend la forme d’un isolement complet et d’un retour à la nature. En mai 1992, alors qu’il n’a que 24, McCandless s’installe dans un autobus de fortune abandonné sur un route de randonnée dans lequel il décèdera quelques mois plus tard sous-alimenté et empoisonné par l’une des plantes dont il se nourrissait. Chris McCandless adresse « I Go Back to May 1937 » de la poétesse américaine contemporaine Sharon Olds, à sa sœur. Ce poème décrit la vision qu’il a de ses parents et des choix de vie qu’ils ont faits, contraire à ses propres idéaux.»
Je retourne en mai 1937La Cellule dorée, 1987
Je les vois se tenir devant les portes de leur université,
je vois mon père se balader
sous l’arche de grès ocre, les
tuiles rouges luisant comme
du sang derrière sa tête, je
vois ma mère tenant quelques livres contre sa hanche
devant le pilier de minuscules briques,
les portes en fer forgé toujours ouvertes derrière elle, leurs pics
noirs contre le ciel de mai,
ils sont sur le point d’obtenir leur diplôme, ils s’apprêtent à se marier,
Ce sont des enfants, ils sont ignorants, ils savent qu’ils sont
innocents et ne feraient de mal à personne.
Je veux m’approcher d’eux et leur dire : Arrêtez
ne faites pas ça – ce n’est pas la bonne femme pour toi,
ce n’est pas le bon homme, vous ferez des choses
que vous ne pouvez pas imaginer,
vous ferez du mal à des enfants,
vous connaîtrez une souffrance dont vous ignorez tout,
vous voudrez mourir. Je veux aller
vers eux, dans la lumière de la fin mai et leur dire cela,
[…]
mais je ne le fais pas, Je veux vivre. Je
les prends comme des poupées de papier
mâle et femelle et les frappe
hanche contre hanche comme du silex, pour
créer des étincelles, je dis :

Faites ce que vous allez faire, et j’en parlerai.


16 – Invictus de Clint Eastwood, 2009 : «Invictus», William Ernest Henley, 1875

«Très populaire, souvent appris et récité, la célébrité de ce poème est notamment due à Nelson Mandela qui en fera son poème de chevet lors de ses 27 ans d’incarcération. Henley le rédige alors qu’il vient de subir une amputation dont la douleur le fait énormément souffrir. Il décrit dans ces quatre strophes la force morale qu’il puise en lui pour dépasser cette épreuve. Le poème est un symbole de résistance aux obstacles les plus rudes. En donnant son titre à son film, Clint Eastwood lui offre une audience mondiale. Poème de fierté et de résistance, il est transmis dans le film par Mandela au capitaine des Springboks, équipe nationale de rugby lors de la Coupe du Monde organisée par l’Afrique du Sud en 1995 lors de la présidence de Nelson Mandela. Comme un signe des temps nouveaux qui s’ouvrent, c’est l’Afrique du Sud qui remporte la compétition cette année-là.»
Invictus
Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,
Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé,
En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur,
Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,

Je suis le capitaine de mon âme.


17 – Le vent se lève de Hayao Miyazaki, 2013 : «Le Cimetière marin», Paul Valéry, 1920

«Ce dessin animé de Miyazaki, dont le titre lui-même est un vers de Paul Valéry, s’inspire de la vie de Jirō Horikoshi, concepteur d’un avion de chasse Mitsubishi qui servira le Japon lors de la Seconde Guerre mondiale. Protagoniste du film, Jirō fait la rencontre d’une jeune fille alors qu’il voyage à bord d’un train. Comme un signe de reconnaissance, elle récite les premiers mots du vers de Valéry que Horikoshi complète sans hésitation. Signe d’osmose intellectuelle qui n’aboutit pourtant pas puisque aucun des deux ne prolonge la conversation. Ce n’est que des années plus tard que cette rencontre autour de Paul Valéry se concrétise lorsque Jirō recroise par hasard le destin de Nahoko Satomi.»

Le cimetière marin, Charmes, 1922, (extrait)
[…]
Zénon ! Cruel Zénon ! Zénon d’Êlée !
M’as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas !
Le son m’enfante et la flèche me tue !
Ah ! le soleil . . . Quelle ombre de tortue
Pour l’âme, Achille immobile à grands pas !
Non, non !… Debout ! Dans l’ère successive !
Brisez, mon corps, cette forme pensive !
Buvez, mon sein, la naissance du vent !
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme… O puissance salée !
Courons à l’onde en rejaillir vivant.
Oui ! grande mer de délires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l’étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil
Le vent se lève !… il faut tenter de vivre !
L’air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !
Rompez, vagues ! Rompez d’eaux réjouies

Ce toit tranquille où picoraient des focs !



Ici, je reviens à ma propre recherche…

18 – Star Trek Premier contact (Star Trek First Contact), écrit par Rick Berman, Brannon Braga et Ronald D. Moore, réalisé par Jonathan Frakes en 1996.
C’est le huitième film basé sur l’univers  Star Trek et le premier film à être basé uniquement sur la série télévisée Star Trek : La Nouvelle Génération.
Le capitaine Jean-Luc Picard (Patrick Stewart) dit de mémoire un extrait d’un roman de l’écrivain américain Herman Melville paru en 1851 : Moby Dick.
Et sur la bosse de la baleine blanche, il avait amassé la somme de toutes les rages, de toutes  les haines ressenties par tous les siens. Sa poitrine aurait été un canon, son coeur serait devenu un obus. 
Lily Sloane (Alfre Woodard) l’interrompt :
Quoi ?
Moby Dick.
Picard explique à sa collègue qu’Achab a passé des années à chasser la baleine blanche qui lui avait pris sa jambe. Une soif de vengeance. Seulement, cette quête insensée l’a conduit à sa perte et à celle de son navire. Ce disant, il fait un parallèle entre lui-même et le capitaine Achab.
Pour être sincère, ajoute Lily, je ne l’ai jamais lu.