Sortie ENTREVOUS – JMLDA : Larry Tremblay

samedi 22 avril 2017, 14 h – Bibliothèque Sylvain-Garneau, 187, boul. Sainte-Rose, Laval H7L 1L5

Dans le cadre de la journée mondiale du livre et du droit d’auteur (JMLDA), le Réseau des bibliothèques de Laval a organisé une rencontre avec l’auteur Larry Tremblay, animée par Danielle Laurin. Trois reporters d’ENTREVOUS y seront. Pour les accompagner, inscrivez-vous directement sur le site du Réseau des bibliothèques de Laval (le nombre de place est limité) : https://inscriptions.laval.ca
Note – L’auteur avait été l’invité d’un café littéraire de la Société littéraire en 2011. Ouvrir cet article pour consulter les archives.

ARCHIVES SLL / 4 octobre 2011 • 19h30 à 21h30 • Maison des arts de Laval

Madeleine Dalphond-Guiral a reçu le «tandem» Larry Tremblay et Martine Beaulne: l’auteur et la metteure en scène de la pièce Cantate de guerre, présentée au Théâtre d’Aujourd’hui du 20 septembre au 15 octobre 2011.

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Compte rendu de Danielle Shelton

Le 4 octobre 2011, Madeleine Dalphond-Guiral était très heureuse d’accueillir, au nom de la Société littéraire de Laval, le réputé dramaturge et sa metteure en scène. C’est devant un auditoire respectueux et enthousiaste que le tandem Larry Tremblay et Martine Beaulne ont captivé l’attention et suscité l’émotion en parlant de création et de complicité.

Après le mot d’ouverture de Leslie Piché, présidente de la SLL, l’animatrice du café littéraire a présenté brièvement chacun des deux invités.

Ayant vu Cantate de guerre, Madeleine a tout d’abord questionné son invité sur le thème de sa pièce, si éloigné de ses origines (il est né à Chicoutimi). Larry Tremblay a expliqué avoir recours à son imagination, peut-être en réaction à la vogue de la télé-réalité et à l’autofiction que privilégient certains auteurs. Il critique, en complément de réponse, une tendance journalistique à s’intéresser davantage au quotidien de la personne interviewée qu’à son travail de création. «Ce qui n’est pas le cas ce soir», le rassure Mado. Il continue en expliquant qu’il n’y avait pas de livres dans la maison de ses parents et qu’enfant, il s’inventait des histoires. Il a très vite décidé d’être écrivain. «Imaginer, c’est se mettre à la place des autres. Je n’ai pas vécu la guerre dans ma chair, mais mes mots réusissent à exprimer la violence d’un conflit ethnique, racial.» Il poursuit avec une anecdote: en 1992, à 26 ans, il a écrit Leçon d’anatomie, une pièce dans laquelle une femme de 50 ans se raconte pendant 90 minutes; le metteur en scène René-Richard Cyr a eu peine à croire qu’aucune femme n’avait servi de modèle. «On peut, dit Larry Tremblay, par l’imaginaire, créer des êtres.»

Madeleine a ensuite interrogé Martine Beaulne sur les éléments qui déterminent la complicité entre un auteur et un metteur en scène. En réponse, cette dernière apporte une précision: parfois, c’est le metteur en scène qui propose à un auteur une collaboration, d’autre fois, c’est l’inverse, ou alors c’est le théâtre qui initie le lien. «L’important, c’est les mots qui font apparaître les comédiens, la mise en scène… Si la première lecture n’éveille pas cela, je sais que le texte n’est pas pour moi. Mon imaginaire aussi doit se mettre en marche. Il faut que je sente une urgence de porter le texte sur une scène.»

À Larry, Mado a demandé comment il avait choisi Martine pour Cantate de guerre. Ils se connaissaient depuis longtemps. Et ils ont en commun le goût de l’Asie (Martine a étudié au Japon, lui en Inde). Il sait qu’elle aime les textes à la fois politique, poétique et rythmique. Martine ajoute que pour certains textes de Larry, le metteur en scène Claude Poissant est meilleur qu’elle, alors que pour d’autres, c’est l’auteur lui-même qui lui semble le choix le plus indiqué. Larry mentionne que l’équipe a eu beaucoup de plaisir à monter Cantate de Guerre, en dépit de la thématique extrêmement douloureuse. À l’inverse, continue-t-il, on peut monter une comédie dans un climat de déchirement. Chaque oeuvre porte ses difficultés… Martine dit se sentir «personnellement responsable de la pensée de l’auteur», surtout si elle crée la pièce. C’est très différent s’il s’agit d’une reprise; la mise en scène peut alors être vue comme une «réorchestration d’une oeuvre», selon l’expression de Claude Poissant. «La justesse est le défi, chaque fois. Quand une scène est difficile à travailler, il ne faut pas paniquer: un chaos nous oblige à sortir de nos acquis et il en résulte souvent une révélation.» Pour Cantate de guerre, Martine a commencé par la forme: jeux rythmiques, sonorité du choeur, occupation de la scène… Il y a du métal, du verre cassé dans le texte construit comme une partition de musique. Il fallait faire un travail musical des voix. La langue ciselée de l’auteur devait transmettre de l’énergie. L’auteur porte son texte comme un enfant en gestation; même lorsqu’il n’y travaille pas, ça travaille… Et l’oeuvre, une fois écrite, hante le metteur en scène, même en dormant!

Larry Tremblay a l’humilité des grands auteurs. «Je ne fais pas de maladie mentale si un metteur en scène me demande de modifier un texte ou de couper un peu. Au Québec, ils le font tous. À l’étranger, ce n’est pas toujours le cas, surtout lorsque le texte a été traduit. Il m’est arrivé de ne pas reconnaître mon intention dans une production italienne de ma pièce Le Ventriloque: elle était devenue sexiste! Au Mexique, un metteur en scène a gagné un prix après en avoir exacerbé la sexualité. Heureusement, on ne voit pas tout…»

Mado a voulu savoir comment sont choisis les comédiens. On négocie avec la direction du théâtre. Dans ses contrats, Martine Beaulne a un droit de veto. «Il faut s’assurer, dit-elle, d’une complicité à la fois artistique et humaine.» Dans Cantate de guerre, pour le choeur des cinq soldats, elle a choisi des hommes physiquement différents en symbole de «tous les guerriers du monde». Larry ajoute qu’une «bonne distribution (comédiens et concepteurs), c’est 50% du succès». C’est affaire d’intuition et il faut assister à beaucoup de spectacles pour découvrir de jeunes talents. «Le théâtre, dit Martine, ce n’est pas très payant et la troupe vit ensemble environ trois mois, alors on a intérêt à ce que le climat soit bon pour assurer un bon résultat.» Chaque pièce est une rencontre unique.

Mado a demandé à Larry comment il fait pour décider si une idée deviendra un roman, une nouvelle ou une pièce de théâtre. Il a répondu que l’oralité est importante dans tous ses textes et qu’en conséquence, il arrive qu’un morceau d’un roman en écriture s’en échappe pour devenir plus tard une pièce de théâtre, comme «un bourgeon qui attend son heure pour fleurir».

Pour clore cette belle rencontre, les invités ont répondu généreusemnent à quelques questions de l’auditoire.